Chronique d’un départ annoncé (sur LePost.fr)

raphaelbJuste avant les vacances de février, ça tanguait sec dans les couloirs du Monde et de son « bébé Frankenstein », LePost.fr. Retour sur un départ (celui de son rédacteur en chef, Benoît Raphaël) confirmé ce jour, et du contexte particulier de cette « affaire », au sein de médias plutôt en délicatesse avec leurs stratégies web.

Tout a commencé par des rumeurs depuis fin 2009, concernant l’avenir du site d’information participative LePost.fr et sa possible revente par le groupe Le Monde. Croisé en décembre par LeWebLab.com sur le salon LeWeb’09, B. Raphaël paraissait alors préoccupé (avis subjectif). Le site fait alors de l’audience, mais perd de l’argent… Il jouit aussi d’une image compliquée, entre difficultés à monitorer totalement des contenus d’internautes, sujets souvent « populeux », côté laboratoire permanent, etc.

Puis c’est l’accélération au début 2010. LaLettreA.fr sortait le scoop le 18/02 : pour elle Benoît Raphaël quitte le projet et le groupe. Dans un premier temps, l’intéressé dément, le journal reste muet. Mais au même moment, on apprend l’arrivée de Julien Jacob, fraîchement sorti de la direction générale du groupe Tests, où il orchestrait déjà une « réorganisation éditoriale ». Sur LePost.fr, il arrive avec l’ordre de mission d’un « point sur son modèle économique » : on sent poindre l’audit et la reprise en mains à peine cachés. Le Monde sait-il au fond quoi faire de son « bébé Frankenstein » et de cette stratégie?

Départ et conséquences

Deux semaines plus tard, Benoît Raphaël confirme lui-même son départ, ce matin 3 mars, sur via Europe 1. Juste une trêve durant les vacances? Son compte Twitter est mis à jour dans la foulée, sur sa « bio », qui dit désormais : « Former editor in chief and co-founder of Lepost.fr (Le Monde Interactif)« . Gilles Klein apprend que l’adjoint de Raphaël, Alexandre Piquard, assure l’interim, alors que l’ex RC signe un ultime billet sur son site, au titre très ouvert « Des envies…« , qualifié par certains lecteurs de « beau », d’ »émouvant ». Parmi ses pensées, celle de partir « avec mon sac d’écolier, rempli d’envies à partager« . Bruno Patino, un de ses mentors, ex président du Monde Interactif, souligne ainsi la note sur son propre compte Twitter : « Emu par l’evocation d’une sacrée équipe . Merci , benoit« . Pour certains, c’est aussi une très belle annonce d’emploi ainsi orchestrée : mais c’est oublier, même si les médias sont en crise et embauchent peu, notamment aux postes de direction, que Benoît Raphaël en a guère besoin.

Un expert de plus sur le marché

Le journaliste a aussi taillé son bout de chemin, et est très connu sur la place, du moins dans le périmètre des nouveaux médias et du social media. Il participe depuis deux ans à de nombreux débats, conférences, tables rondes… sur l’avenir des médias, en parallèle à son blog « Demain tous journalistes« . Dans ces cadres ci, il exprime une pensée audacieuse, définitive parfois, voire dogmatique diront ses détracteurs; mais aussi et surtout un goût de l’expérimentation et du « changement d’ADN journalistique » comme il l’écrit, ce qui est un besoin réel. Nul doute que son expérience le place très bien sur un marché de l’expertise média 2.0, en poste ou en consulting.

A relire ses récentes, notes, elles prennent un sens particulier au regard de son actualité. Par exemple :

Quant au Post.fr, le paysage est ainsi posé désormais : en interne un manager de transition en mission (Julien Jacob), un RCA à l’interim; à l’externe, un contre-projet possible avec Jacques Rosselin (ex Vendredi) et Pierre Bergé (au financememt). Malgré les déclarations d’usage, ce départ est une forme de désaveu ou à tout le moins de panique. Elle trahit le rapport viscéral de la presse française avec le web, avec son web, et inversement.

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4 comments

  • Bonjour Laurent,
    Je vous remercie de votre sollicitude à l’égard du Post.fr mais je suis surpris que vous puissiez ignorer que Le Post est un projet d’équipe (dont certains, ceux qui y ont consacré le plus de temps, ne figurent pas dans l’hommage de Benoît) et que l’équipe en charge du Post reste en place, de même que la rédaction du Post. Benoît a joué un rôle important dans cette aventure et son départ n’est pas une bonne nouvelle, même s’il se passe avec intelligence et amitié. Mais le projet Le post reste stratégique pour nous et nous comptons bien en poursuivre le développement, avec audace tant dans le contenu que dans le contenant…
    On en reparle si vous voulez…

  • Laurent Dupin says:

    Ne me remerciez pas, c’est un intérêt naturel pour tous les projets média 2.0 que LeWebLab.com suit et observe.

    Je n’ignore pas du tout que LePost.fr est un projet d’équipe, porté par une rédaction et divers décideurs. La note était juste consacrée à celui qui quitte le projet présentement, et qui l’a en quelque sorte « incarné » à l’extérieur.

    Je prends bonne note sinon de votre commentaire, qui répond nettement aux rumeurs (et/ou envies) de voir LePost.fr (ou son essence) partir ou renaître ailleurs.

    Au plaisir d’en parler sinon, quand vous voulez ;-)

  • C’est un peut surprenant cette tonalité de satisfaction autour du départ de B. Raphaël. Pourtant, est-ce que le Post est une réussite? Du point de vue de la ligne éditoriale ou du point de vue du bilan financier? Certes, il crée de la réaction, de l’engagement, mais de quelle qualité?

  • Bonne remarque Eric. Oui, il y a un décalage entre le « phénomène de mode LePost.fr », le buzz qu’il a généré, et l’objet précis du projet éditorial. On a l’impression qu’on a un peu perdu de vue ce dernier, pour une forme d’intégration générique, « dethématisée », à la cause de la presse en ligne globale.
    Sans doute est-ce là aussi un témoignage d’une schizophrénie portant sur ce projet : assumé ou pas, compris ou pas?

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