« Huis Clos sur le Net » : quand les journalistes créent l’événement

Combien faut-il de journalistes pour montrer que les réseaux sociaux seuls ne sont pas une source exclusive d’information ? Réponse : 5.
5, c’est précisément le nombre de journalistes radio qui, pendant 5 jours, se sont volontairement enfermés dans un gite du Périgord, sans accès aux médias presse, tv et radio, avec pour seule source d’information leurs comptes facebook et twitter. L’objectif : tester l’information que l’on trouve sur les réseaux sociaux que sont facebook et twitter.
Les protagonistes du Loft… pardon, du Huis clos : Anne-Paule Martin de la Première-RTS (Radio Télévision Suisse), Benjamin Muller de France Info, Janic Tremblay de la Première chaîne de Radio Canada, Nicolas Willems de la Première-RTBF et Nour-Eddine Zidane de France Inter.
Jugement sans appel
Je ne vais pas faire durer le suspense du résultat déjà diffusé et commenté ici et là. il en ressort que l’info sur les réseaux sociaux :
- n’est pas organisée comme sur les médias traditionnels / web, avec scénario et mise en page / forme
- est traitée différemment que sur les médias traditionnels (tu m’étonnes, avec 140 caractères)
- correspond à certains sujets, qui dépendent eux-mêmes des centres d’intérêts de ton réseau…
Difficile d’analyser vraiment l’objectif de cette expérience, dans la mesure où l’absence de méthodologie lui enlève toute valeur scientifique. Ainsi :
- il n’y a pas eu panel, sélection des journalistes sur des critères présentés préalablement
- on ne connait pas le détail de leur réseau ou de leur following (segments qualitatifs, etc), or … c’est ce réseau qui choisit de traiter certains sujets, et la manière de le faire
En gros leur expérience ne prouve rien.
Quels objectifs ?
Alors, comment expliquer cette débauche de moyens, en monopolisant 5 journalistes pendant une semaine pour un événement créé de toute pièce et pour lequel aucune attente / objectif n’a été défini -ou du moins révélé, ce qui revient au même- ? Journalistes qui, précision utile, sont tous payés par les contribuables.
- chacun a produit un point quotidien qui alimentait la grille de programmes de sa radio. Et l’expérience était relayée et reprise par divers programmes de la grille des radios employant ces journalistes.
- nous sommes donc dans un véritable buzz marketing d’une opération créée sur mesure, par et pour les radios. Un buzz créé de toute pièce. « Construire l’événement« , dirait Eliseo Veron.
Les motivations peuvent être multiples : tout d’abord, les médias dits traditionnels veulent affirmer leur modernité. Infirmer le primat et l’universalité des réseaux sociaux pour confirmer les leurs. Et enfin, j’ose espérer, insuffler un changement à la profession en lui faisant prendre conscience du « new deal » de l’information.
Quelles autres opérations vont suivre ?
Opération « Café du commerce » ? Projet : Mettre un journaliste dans chaque bar de la ville pour voir quelle info en ressort en fin de journée.
Opération JOD ( »journaliste oreille droite ») ? Projet : chaque journaliste va se mettre une boule kies dans l’oreille gauche pendant une semaine… pour décréter que l’usage de la seule oreille droite entraîne une déperdition de l’information !
Pour ouvrir sur ce « huis clos », LeWebLab.com a décidé de lancer un grand jeu national : « Les 24h du Sans »… Twitter ni Facebook dans ton bled ! Que vous habitiez un gîte, sur le littoral, à la montagne ou dans la capitale, nous vous invitons à y participer et à nous remonter vos impressions dont la valeur scientifique sera sans conteste de premier choix. Une expérience inédite, comme ils disent…
[...] si l’expérience n’est pas probante telle qu’elle – j’y préfère la tentative moins médiatisée de Julien Marchand, [...]
février 13th, 2010 at 15:07[...] départ, il s’agissait d’une réaction à l’opération « 8 clos sur le net », promue par la radio publique nationale. Il s’agissait de montrer qu’il faut se poser [...]
avril 11th, 2010 at 00:59