Ratage de l’expérience #E1Fillon : suites et debriefs
J’ai donné ce matin mon propre feed-back sur ce live-tweeting de la radio Europe 1 avec le premier ministre François Fillon comm invité. Je l’ai fait assez tôt (un peu avant 11h), ayant accumulé une certaine expérience sur cet usage, qui me permet d’en parler en connaissance et avec intérêt. D’autres blogueurs qui ont participé à ce que Nicolas Voisin a très justement qualifié de « club de commentateurs », reviennent sur la chose. Deux réactions intéressantes :
On sent globalement, en tout cas je sens, une certaine gêne sur les bords et les contours, à revenir sur cet opé’ matinale. Un peu mal aux yeux et au clavier, les twitteurs sélectionnés? Eric Mettout, rédacteur-en-chef de l’Express.fr tweete ainsi la note de son propre journaliste : « @thomas_bronnec frustré par l’opération #E1Fillon (c’est pour ça qu’il tacle?)«
- Eni_kao : sur la note « Europe 1 essaie le « comment it live » d’interview matinale sur Twitter (#E1Fillon)« , le blogueur cautionne en fait le principe de la sélection des twitteurs invités, pour éviter en fait le bruit et une lecture impossible de trop de messages. Ok, mais à ce qu’on a entendu, même cette sélection affinée était visiblement impossible à lire pour l’équipe de la matinale… Et puis, sélectionner, trier, exploiter ne serait-ce pas le boulot d’un… community manager? Question : y en avait-il ce matin de mobilisé? Eni_kao énumère aussi avec honnêteté les « ratés » de l’opération, et la méconnaissance de Twitter tant côté interviewer qu’interviewé. Ok, mais au-delà du constat, n’était-on pas en droit d’attendre un peu mieux d’un média de premier plan et d’un Premier Ministre? Toute entité qui ont budget et équipe pour préparer de tel dossier? Europe 1 voulait faire un coup de buzz pour son nouveau site… Ah, ok, là on est sur toute autre chose alors. La précipitation a un prix.
- Thomas Bronnec : sur son blog « Les couloirs de Bercy« , le journaliste et blogueur resserre d’emblée le débat sur la seule question de savoir si « Twitter a t-il réussi à mettre François Fillon sous surveillance?« . Au-delà de toute polémique sur le principe de ce tweet-live sélectif sur invitation (évitée), il voit là l’intérêt du fast-checking. Qui n’a pas pu se faire durant le set admet-il… Mais qu’il fait donc a posteriori, et qui devrait se nommer, si l’on est logique, un « slow checking« , ou du tout moins un « offlive checking« . Passons sur ce détail temporel. Il admet surtout qu’il y avait « comme une muraille de Chine entre Twitter et le studio » : c’est bien le point clé de ce ratage, me semble t-il. Et confirmation d’une présence de 20 twitteurs qui n’ont juste servi que de caution de modernité.
Et avec l’humour?
Preuve finale de ce ratage s’il en est, quelques minutes plus tard, l’humoriste Nicolas Canteloup dans sa Revue de Presque ne loupe pas l’occasion d’aligner JP Elkkabach et son employeur, sur cette expérience Twitter. Ou plutôt sur cet usage du « Minitel branché sur Twister… ou Toaster à l’heure du petit déjeuner » :
"Branchez vos minitels à Twister"
envoyé par Europe1fr. – L’info internationale vidéo.
Comme j’aimerais recueillir les avis des décideurs de l’opération, je maile de ce pas vers la direction de la rédaction d’Europe 1 et le staff du Premier Ministre. Réactions à suivre, si réponses reçues.
[...] Les réflexions de Laurent Dupin sur cet exercice de style, et les riches commentaires en particulier les interrogations de Koztoujours. Suivi d’un deuxième billet. [...]
février 3rd, 2010 at 19:33L’opération a été montée un peu vite, on dirait bien en effet. Nous avons été prévenus la veille pour le lendemain, ce qui explique sans doute en partie le manque de cohérence.
Le mot que je cherchais, il est là : community management (c’est fou comme on peut chercher ce qu’on a sous la main). Europe 1 a peut-être une relation particulière avec ses auditeurs, pas nécessairement avec le web. Aussi, le côté gros sabots que tu décris vient sans doute de là.
C’est pourquoi j’ai proposé de garder pour l’instant les deux séparés, quitte à en frustrer certains. Les rares mentions de Twitter à l’antenne n’apportaient rien, le web aurait peut-être gagné à rester en ligne, pas en ondes. Mais cela nécessite pour Europe1.fr une stratégie plus claire.
Pour être plus clair, et quitte à passer pour un sale élitiste médiacrate, je pense que pour quelque chose d’aussi grand public il vaut peut-être mieux en effet fonctionner avec un groupe pour limiter le bruit de fond. Là où il doit y avoir ouverture, et parce qu’il faut éviter que ne se recrée un intelligentsia autoproclamée, c’est si l’opération se renouvelle. Il faudra changer, demander à la communauté (pas encore constituée) qui elle aimerait voir. La participation peut prendre différentes formes, mais je demeure convaincu que le « grand ouvert » peut trop facilement devenir « grand n’importe quoi », et qu’il y a quelques contraintes matérielles indépassables, en particulier le niveau d’attention.
février 3rd, 2010 at 19:47A titre d’exemple, lors de l’opération de l’Express, les 3 personnalités politiques ont répondu en moyenne un message par minute pendant une heure. Ca n’a l’air de rien, mais le flux de questions, sollicitations et interpellations était énorme.
Laurent, deux observations…
février 3rd, 2010 at 21:591. Aucune gêne de ma part à revenir sur cette opération, au contraire. A cause de diverses contraintes (transport, préparation et animation des conférences de rédaction), mon post a été mis en ligne à 12h et il n’y avait quand même aucune urgence à le faire
2. Je ne parle pas de fast checking, mais de « fact checking », ce qui est bien différent. Le fact checking consiste à vérifier point par point ce qui est affirmé par quelqu’un (http://en.wikipedia.org/wiki/Fact_checker). Le fact cheking est difficile à faire en live, c’est clair.
En conclusion, parler de « ratage » à propos de l’opération me paraît quand même sévère. Autour de moi, les gens qui se sont contentés de suivre le twitter débat, sans y participer, étaient plutôt satisfaits.
Merci Enikao, très éclairant tes prolongements. Merci aussi Thomas, autant pour moi : disons que j’ai payé là mon… fast writing
février 3rd, 2010 at 23:07Mais je confirme quand même l’impression que j’ai eu de mon côté, et que je partage avec quelques autres personnes je crois.
Grosso modo, oui, il faudrait refaire différemment. Souhaitons qu’Europe 1 et d’autres s’y collent. Ce qui est bien aussi sur le web et le 2.0, c’est que tout le monde peut y aller!