Europe 1, Twitter et l’expérience #E1Fillon
C’est très à la mode en ce moment, dans les radios, les expériences sur Twitter… La même semaine que les radios publiques ont lancé « l’expérience du gîte » dite du « 8 clos », la concurrente Europe 1 tentait ce matin un live-tweet politique avec une interview de François Fillon par Jean-Pierre Elkabbach.
Tout a commencé vraiment ce matin mercredi, le temps de comprendre le dispositif. Personnellement, c’est le compte @rosselin (du journaliste Jacques Rosselin), qui m’a alerté. Europe 1 avait en fait installé un mix bi-média sur la page « live » du site Europe1.fr : une interview radiophonique du premier ministre François Fillon par Jean-Pierre Elkkabach, avec en parallèle un live-tweet de Twitter embarqué (embedded) dans le site.
Mais le déroulement de l’opération a vite montré ses limites… :
- une sélection fermée : très vite Fogiel précise avant les 8h15, que ce sont là « 20 personnalités » qui vont tweeter en parrallèle. Etrange… car qu’est-ce qu’une personnalité sur Twitter, réseau ouvert et « social media » par excellence? Tweetant moi-même peu avant le début, avec le hashtag #E1Fillon créé pour l’occasion, je comprends que je n’en suis pas, comme des milliers d’autres… J’ai tweeté pour demander à ce que les « invités » retweete les « exclus » (nous tous sur Twitter donc), mais le message n’est pas passé, dans un temps de réaction il est vrai un peu court, et notamment avec l’exitation de l’interview live…
- le casting caution : on pouvait donc suivre sur la fenêtre embarquée d’Europe 1 : des journalistes comme thomas_bronnec (L’Express) @rosselin donc, pierrehaski (Rue89) aussi; des journalistes d’Europe 1, patthomas, helenefavier (qui shootait surtout) et aussi un peu Claude Askolovitch. On compte aussi des blogueurs comme Authueil, Eni_kao et puis Vinvin pour détendre le tout! Enfin des politiques comme claudebartolone, jphuchon, et emilejosselin côté staff de com’. Un côté très « caution de gauche », mais qu’on ne peut pas critiquer.
- le multimédia, oublié :
la plupart des dispositifs intéressants de ce type (en fait du webcasting) mixent de la vidéo en ligne, ou au moins un son, avec le flux du live-tweet. Or là, Europe 1 a joué le cahier des charges minimum. La page « live » en question a juste un cadre de live-tweet en position centrale. Pour écouter l’interview en parallèle, il fallait cliquer sur un bouton (coin droit haut), qui lance un player dans une fenêtre pop-up! Côté ergonomie et fluidité, on repassera…
- l’utilisation niveau 0 : j’ai bien entendu durant toute la diffusion, mais nous avons eu droit tout au plus qu’à 15 secondes de citation des tweets, pendant l’interview. Précisément trois ou quatre tweets de @jphuchon @Guybirenbaum, et encore aucune question directe. A un moment @EricWoerth est cité : on pense pour son compte Twitter (1 seul tweet dessus!), mais en fait non. C’était pour une citation venue d’ailleurs (source non précisée par Elkkabach), on pouvait s’enduire d’erreur…
- le sens global : à bien y regarder de près, Europe 1 nous vend Twitter en live, mais ne l’utilise guère trop… du moins chez ses stars. Jean-Pierre Elkkabach n’y est pas, Marc-Olivier Fogiel non plus. La patron même de la radio, Alexandre Bompard (@Bompard) n’y est que depuis octobre 2009, à hauteur de 48 tweets. Quant à François Fillon, il dispose d’un compte « fermé » créé le 28 sept. 2009, avec 18 abonnés. On est loin d’être dans la sur-activité! Etonnant de ne pas avoir vu sur ce coup la secrétaire d’Etat à l’économie numérique, nom de code @nk_m…
Mon bilan? Comme la plupart des twitteurs rodés qui ont participé à l’opération (et qui ont peu à peu quitté le fil durant l’interview, ai-je noté), ok, on peut la taxer de « premier pas », de « test », de « rodage » à améliorer désormais. Question : peut-on encore parler de « test » en 2010 concernant Twitter? Ce au sein d’un média majeur, disposant d’un budget de fonctionnement confortable et d’une stratégie web souvent mise en avant. Pour mémo, l’expérience Obama/CNN/Facebook remonte à… janvier 2009. Et les live-tweets s’enchaînent depuis lors, sur de gros évènements (mort de Michael Jackson en juin 2009, nouvelles émissions télé…), des salons, souvent spontanément et en tout cas de façon comprise par tous.
Bien sûr qu’il faut se féliciter de ces expériences, bien sûr qu’on doit « confraternellement » les relayer, les enrichir… Mais il faut arrêter aussi quand même, avec la sur-vente d’opérations mal comprises, mal préparées. Ce côté « faites place, regardez nous, on est les meilleurs, on arrive sur Twitter » (ou sur d’autres outils : blogs, streaming, etc.), doublé de cette posture « bon, trouvez-nous 20 twitteurs influents« , est des plus exaspérants. Il n’est pas au niveau attendu, et frustre plus qu’il ne fait avancer le schmilblick global. Ce même si bien sûr, du tweet-live n’est qu’un « détail » pour l’ensemble des outils et supports que doit gérer un groupe média.
Je pense que l’opération est originale car importe un filtre certe subjecif (sélection de personnalités) qui permet à des non initiés de plus facilement suivre sur le site de Europe 1 les échanges. La sélection est ouverte : journalistes, politiques et observateurs du web. Pour avoir échanger avec quelques journalistes ce matin, il trouvait cela intéressant et beaucoup plus simple à suivre. Après, on peut trouver dommage le manque d’interactivité (seulement deux tweets repris par JP Elkabbach) et le format court pour une interview de 20 minutes. Je pense que créer des filtres dans un flot de remontées / feedbacks / tweets est essentiel lorsque l’on veut valoriser la participation des internautes.
Après via le hashtag, il restait possible à tout le monde de s’exprimer mais pour un site média je trouve intéressant comme approche de valoriser quelques personnalités, et ce n’est pas parce que j’en faisais partie que je dis ça
février 3rd, 2010 at 11:05Oui, Cédric, scusi, en revoyant ton picto sur Twitter (le vrai) j’ai vu que je n’avais pas été complet. Même si mon relevé ne prétendait pas à l’exhaustivité.
février 3rd, 2010 at 11:16Je comprends cette volonté de filtrage, en fait de sas, pour amener les gens (en interne et en externe), à comprendre Twitter et bien le recevoir. Mais ça demeure pour moi antinomique avec le principe de Twitter.
Certes, of course, on pouvait aussi faire ce que j’ai fais : suivre le débat sur Twitter même avec le fameux hashtag. Mais du coup, je pense que le média s’est coupé une part importante d’effet et de fréquentation (autre élément d’une telle opération).
A moins aussi, côté logistique, vouloir se préserver de toute surcharge sur les serveurs…
Un peu vexé de ne pas être mentionné, dans les cautions de gauche
février 3rd, 2010 at 12:05D’accord avec certaines observations, notamment sur le manque de reprises des twitts par Elkabbach. J’aurais aimé que ce dernier se serve des obsrvations des « twittos » pour challenger un peu plus le Premier ministre. Mais le format de l’itw, courte et qui aborde de nombreux thèmes, ne le permettait pas. Pas d’accord en revanche avec ta critique sur les « invités » – je te laisse libre de parler de « cautions de gauche »… C’était déjà assez confus avec vingt invités sur la page d’Europe 1, s’ils avaient ouvert à l’ensemble du #E1Fillon leur page live, cela aurait été vraiment trop brouillon. Je prépare un post sur mon vécu de cette expérience, dans l’après midi sur Les Couloirs de Bercy.
février 3rd, 2010 at 12:21Encore une fois pardon koz et aux autres, je n’ai pas cité tout le monde
Mais je retiens ton avis très éclairant, que je viens de relire : que la difficulté de l’exercice « c’est d’avoir une réaction judicieuse en si peu de temps. Décalage parole / écrit ».
février 3rd, 2010 at 12:29Ce qui veut dire pour moi que cela se prépare mieux, voire en formant les troupes et les patrons qui ne pratiquent pas. Ce n’est pas un gros mot et c’est normal.
Je t’ai senti assez déçu au final, au terme de la session… Correct? On t’avait « vendu » quoi en amont, au juste?
On ne m’avait rien vendu de particulier à la base. Juste un twit-live. Je n’étais pas persuadé que cela puisse avoir un intérêt phénoménal, mais je me suis dit pourquoi pas, et puis y’avait du beau monde, m’sieur dames.
Maintenant, là où je suis un peu déçu, c’est par la superficialité de la chose. Par nature, 140 caractères, ça formate un peu le message. Il doit être court et percutant. Il peut vite dès lors devenir caricatural.
Ajoute à cela le fait qu’il faut réagir tout en écoutant la suite de l’interview, et ça fait deux bonnes raisons d’avoir des messages pas très relevés.
Sur twitter, en replies, certains m’ont dit que c’était bien. Mes parents, en live (bon, ok, c’est pas des geeks, mais il ne faut pas les négliger pour autant), ont trouvé que ça ne volait pas bien haut.
Du coup, je me dis que le risque est de nous décrédibiliser nous-mêmes, produire comme réaction : ah ben dis donc, les mecs de twitter, c’est pas des fins analystes.
Il y a, là-dedans, aussi, la question des attentes des lecteurs : s’ils s’attendent à des analyses de fond, fatalement, ils seront déçus.
La question se pose aussi de la pertinence de la démarche : faut-il commenter sur twitter, en live, des sujets de fond ?
On sera ou non d’accord avec moi mais Huchon avait pas l’air finaud, dans sa réaction. Je ne le mets pas sur le compte d’Huchon mais davantage de l’outil. Ajoutez à cela le fait que l’on donne ensuite la parole à Fillon pour répondre en x sec/min à un twit de 140 caractères, et on a toutes les chances de passer pour des billes.
Je repense du coup à l’expérience de l’Express de cet été, et me demande s’il ne faudrait pas croiser les deux formules : avoir un débat entre un ou plusieurs politiques, et un nombre restreint d’invités, le tout retransmis dans une fenêtre type Cover It Live.
Cet été, ça partait un peu dans le n’importe quoi. Tout le monde participant, les invités n’avaient finalement qu’à choisir les questions auxquelles ils avaient envie de répondre.
Avec cette formule, cela peut-être plus intéressant. On pourrait même envisager d’avoir le temps de faire du fact-checking : j’interpelle machin sur tel sujet, il me répond un truc, je ferme ma … pendant 15 min. le temps d’essayer de vérifier si ce qu’il m’a dit tient la route ou non.
février 3rd, 2010 at 12:44[...] réflexions de Laurent Dupin sur cet exercice de style, et les riches commentaires en particulier les interrogations de [...]
février 3rd, 2010 at 14:19- à Thomas : je confirme pour l’impression « caution de gauche », que j’ai ressentie en suivant simplement le flux des tweets « invités ».
février 3rd, 2010 at 14:44- à Koz : oui, la formule est sans doute améliorable; mais je pense qu’il ne faut pas « fermer », rendre « select », ou comma l’a mieux dit que moi, Nicolas Voisin, faire un « club de commentateurs ». Il y a le message de ce message, qui dit en gros : « ici on est entre nous, entre gens qui en sont, qui ont le droit de ». Le contraire absolu de l’esprit des réseaux sociaux.
Et je dis cela en « journaliste » remis en cause par ces mêmes réseaux sociaux! Il faut les utiliser pleinement, de façon détendue. Les tweets sont cons? Pas grave. Il n’y a pas de tweet con, il n’y a que des réponses cons
[...] réflexions de Laurent Dupin sur cet exercice de style, et les riches commentaires en particulier les interrogations de [...]
février 3rd, 2010 at 16:09[...] Europe 1, Twitter et l’expérience #E1Fillon [...]
février 3rd, 2010 at 17:02