10/03/2009

Askolovitch, l’ordinateur planté et la chronique dictée

askoDocument original vu hier soir, sur France 3, montrant les coulisses du journalisme radio, dans les grandes stations françaises. C’était chez Mireille Dumas à « Vie privée, vie publique« , qui accouchait sur son plateau les grandes voix radiophoniques du matin, entendues par nous tous sur France Inter, RTL, Europe 1, etc. A un moment, la caméra du reportage navigue dans les bureaux d’Europe 1, juste avant l’édito politique de Claude Askolovitch. Mais « y’a un problème », comme on dit, une tuile, un gros imprévu : « l’informatique a planté sa chronique ». On ne sait trop ce qui s’est passé : fichier rasé par inadvertance, enregistrement pas accompli, système planté, logiciel crashé… Il est très rare, sauf manipulation bizarre de l’auteur, qu’une perte totale et massive de texte se produise sur un ordinateur (PC ou Mac). On en a toujours une trace, pour peu qu’on ait les bons réflexes. En gros, « faut vouloir » quand on manipule des logiciels de traitement de texte normaux de type Microsoft ou OpenOffice. Question : Europe 1 utilise t-elle alors d’autres applications de type CMS (content management system) un brin usine à gaz et ultra sensible du côté de la fonction « enter » ? On ne sait, le sujet ne permettait pas de bien le voir.

Mais avec cette caméra de F3, une dramaturgie se joue sous nos yeux ébahis, une mise en abîme se dessine : le chroniqueur sans sa chronique, les secondes qui défilent, le micro encore tout chaud du journaliste précédent, les auditeurs qui sont là massivement… Que va t-il se passer? L’informatique va t-elle avoir raison de l’Intelligence En Action? La vile mécanique des pixels va t-elle tuer celle des neurones? Tic, tac…

Du coup Askolovitch semble dans tous ses états, cherchant, stressé et hagard son papier sur un écran d’ordinateur qui reste obstinément vide… Un peu plus et on l’aurait vu prendre son clavier et achever l’écran à grands coups! Pensez : la chronique était finie, nickel, prête à être déballée sur les ondes. Et l’ordinateur ose l’impensable! Quelques minutes plus tard, le crhoniqueur est à côté d’une collègue -lui debout elle assise- et lui dicte le texte de sa chronique (!) Oui, vous avez bien lu : il dicte, comme au doux temps des sténos dactylos et des secrétaires de direction. Quelques minutes plus tard encore, il est déjà assis dans la « war room », c’est à dire devant son micro, à quelques secondes de prendre l’antenne. Et de derrière lui, passe à l’image la collègue d’avant, qui lui apporte, la tenant à deux mains comme le Saint Graal, la fameuse chronique perdue et heureusement retapée comme neuf. Le son est « off », donc on entend pas s’il lui dit au moins merci.

Bien sûr, j’exagère un peu (à peine) le trait. Et c’était un moment de panique. Bien sûr, la télé était là qui déformait tout. Mais l’impression de cette scène était étrange, entre passéisme et old school, malgré le côté tonitruant de l’ambiance d’une rédaction radio de matinale. Elle me fait dire que quelques « réflexes » de bonne gestion de son informatique, que quelques révisions en fin de compte ne seraient pas de trop, ici ou là, pour les « grands » comme pour les « petits » journalistes d’en France et Navarre. Ou alors, le sujet serait ailleurs? Dans un mode de comportement assumé de grands journalistes parisiens jouant un peu les divas? Je ne connais pas assez Claude Askolovitch (on est « amis » sur Facebook cela dit, enfin peut être plus pour longtemps…*), même si l’on devine un peu de cela.

J’avais surtout déjà noté pareille situation, en 2006, sur mon blog sur ZDNet.fr, avec le chroniqueur Guy Carlier et son « apportez moi mes mails! », qui sonnait trop naturel pour ne pas trahir une habitude. Apportez moi mes mails, tapez moi ma chronique, imprimez moi mon discours… soyez à mon service. Je ne la juge pas, mais c’est une conception du travail d’équipe qui n’est pas forcément en osmose avec la souplesse et la philosophie même du journalisme 2.0 et du social media dont il s’inspire ces derniers temps.

  1. * je le précise quand même si besoin, j’aime bien Askolovitch, la fulgurance des ses analyses, son regard, etc. Je réagis là juste à l’attitude telle que captée par la caméra et ce qu’elle signifie sur l’axe de l’organisation de travail des médias, qui m’intéresse particulièrement ici;
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