26/01/2012

Fact, Fast & Fat checking

J »étais lundi dernier au débat du Social Media Club, tenu à la Cantine, sur le « fact checking » et son rôle dans la présidentielle 2012. Terminologie anglophone pour dire dans la langue de Molière : la « vérification des faits ». Mais une vérification trasmutée à la sauce réseaux sociaux, dopée avec la puissance du temps réel et propulsée par la grâce du participatif. Avec le dataviz et le webdoc, c’est un des derniers concepts-formats à la mode pour les contenus en ligne et les rédactions en ligne « hype ».

Ma première impression, d’emblée, est que le sujet semble… bigrement prise de tête. Je m’explique : sorti des motivations intellos, scientifico-statisticiennes, politico-parisisiennes et de la nécessité de la case journalistique pour le délivrer, ce « fact checking » paraissait finalement peu accessible. Presque élitiste et même pompeux. Comme si une classe supérieure de producteurs et dealers d’informations, avait le temps et l’argent pour se consacrer à la vérification méticuleuse et régulières des « faits », à prendre plaisir à étriller erreurs et mensonges dans une posture proche du justicier. Les spécialistes parlent aux spécialistes.

On le voit bien le FCC ( »fact checker en chef »), passer des heures le nez dans les archives, base de données, publications passées… pour tirer les bonnes données, faire des recoupements, déterrer des trésors d’informations cachés jusqu’ici par la masse inculte des confrères envieux. Ce pour l’image d’Epinal.

Reste la réalité. J’en retiens trois tendances, trois déclinaisons principales de la discipline :

  1. Fact checking : encore faut-il savoir de quel « fact » on parle ? Des déclarations intempestives (celles de politiques par exemple, experts en la matière), des chiffres sortis de leur contexte ou erronés, des manipulations… ? L’accès à la donnée est aussi un vrai enjeu. Celle-ci est-elle fiable, stockée, historisée…? Il y a peut être autant de besoins (futurs) pour des métiers de conservateurs de ces données, que d’analystes spécialistes et fins connaisseurs. Il y a aussi un enjeu que cela soit intégré à l’ADN journaliste, d’emblée.
  2. Fast checking : quel temps consacre t-on à la vérification des faits ? A quel rythme N Ceci doit-elle aller vite et profiter de l’effet de masse ? Ou au contraire doit-on le faire à petit nombre, de façon méthodique et discrète ? En gros, faut-il qu’un métier (comme le journalisme) porte seul ou cautionne l’analyse en mode fact cheking ? C’est ce que pense le sociologue J-M Charon par exemple. Quitte à fermer d’autres canaux de vérifications sur le web : je pense par exemple aux efforts de M-E Leclerc, patron de supermarchés, sur des projets comme quiestlemoinscher.com.
  3. Fat cheking : c’est l’impression finale, face à la densité et la complexité des faits à vérifier… Trop de données, tue la donnée pourrait-on objecter. On peut en effet y passer une vie entière, ou bien se noyer dans des archives sans fond… Comment rendre cela souple et opérationnel ? Comment inscrire le métier de « fact checker » dans le quotidien des équipes produisant de l’information ? Et pour quelle finalité au fond ? Des fact checkers de fact checking devraient-ils exister aussi… pour être tout à fait complet, et ainsi de suite ?

Entre limites et oublis

Globalement, malgré l’animation de Julien Jacob, le débat s’enlisait quelque peu dans les méandres de questions philosophiques et sociétales d’une autre portée. La donnée est-elle indiscutable ? Impose t-elle la vérité ? Et d’abord, qu’est-ce que la Vérité ? Plus prosaïquement, certains notaient que le fact checking empêche en fait une « impression » de réalité, c’est à dire de l’imperfection. Le débat en permanence scruté, analysé, corrigé est-il encore un débat… humain, spontané et pertinent ? Comment, pratiquement, le politique peut-il développer un discours qui tienne la route dans ce nouveau contexte ?

De vastes questions, on le voit. Qu’on pouvait aussi limiter à leur simple aspect pratique : comment organiser un fact checking simple et régulier, j’oserai dire citoyen et presque populaire ? Quels outils et/ou sites privilégier ? Et pour détendre un peu le sujet, j’oserai aussi demander si… l’on peut « fact checker » des sujets idiots, légers, des thématiques de loisir ou de vie quotidienne basique ? Par exemple :

  • pour les gourmands : que tous les Finger au chocolat aient bien partout la même taille dans le monde ? ben oui quoi, Mr Cattbury ! (Ca pourrait faire d’ailleurs l’idée d’une vraie campagne de marketing viral mondiale…)
  • pour les fans de Lady Gaga : que son poids et ses mensurations officielles soient bien conformes à ce que constaté sur scène, à chacune de ses apparitions ?
  • pour les apprentis constructeurs : que les briques Lego aient bien partout le même prix… ou pas ?
  • pour les Français type : est-ce que ma baguette de chez mon boulanger en bas de chez moi, n’est pas moins chère à une autre adresse du département ? (un sujet qui pourrait intéresser par exemple la presse locale).
  • etc, etc

Vous l’aurez compris. Mon propos est de dire que le fact checking n’est pas (que) le produit d’une classe supérieure, d’une avant garde, né de la fabrication d’information des médias. Mais devrait être juste un nouveau ressort, une matrice d’analyse du monde et de ses données (numériques ou non), qu’on peut expérimenter à tout âge, sous toutes les formes professionnelles existantes, sur tous les sujets.

Le limiter à la politique et aux grandes enquêtes, c’est justement en freiner le potentiel de développement. A méditer messieurs les experts…

Pour prolonger : relire le constat datant de fin 2010, comme quoi « Le fact checking peine à s’imposer en France« , alors qu’on dit que la Présidentielle 2012 pourrait justement le réveiller…

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One Response to “Fact, Fast & Fat checking”

  1. 1
    Régions.news #21 – Edition du vendredi 3 février 2012 | RÉGIONS.NEWS Says:

    [...] Fact, Fast & Fat checking, publié le 26/01/2012 par Laurent Dupin (LeWebLab.com/) [...]

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