14/09/2011

Votre premier acte de « social media » journaliste ?

logo social media bleuLa question peut sembler légère, mais elle est révélatrice. A la fois des aptitudes de la profession dans son ensemble, mais aussi de nos limites personnelles. Après tout, quand s’est-on comporté, pour la première fois, en journaliste de l’ère social media ? Quand a t-on réuni ces ingrédients de base qui font de nous, aujourd’hui, des journalistes 2.0 tant revendiqués… sur les réseaux sociaux et souvent incompris de la masse des confrères ? Il y a tant de spécialistes, experts, consultants… auto-proclamés qu’il est bon de poser quelques métriques ou repères.

Pour ma part, je n’ai pas une réponse unique à fournir à cette question, car la démarche a été progressive et plurielle. Elle est faite de changements majeurs comme de petits détails, dans la vie professionnelle comme personnelle. J’ai en revanche vraiment réfléchir à ce qui m’a mené sur cette voie. Voici plusieurs jalons concrets qui m’ont fait entrer en tempo social media, depuis 2003. Avec à chaque fois les écueils que j’ai vécus, et quelques leçons apprises en chemin :

  • logo pen of chaosles forums, dès fin des années 90’s : passionné de musique et de fantastique, j’ai sondé alors les forums les plus spécialisés pour trouver les denrées que je recherchais. Notamment l’excellent domaine (voire univers) qui existe toujours, PenOfChaos, où j’évoluais sous pseudo pour causer BD, littérature, cinéma, art, etc. Une vraie école de précision et d’exigence, au sein d’un réseau d’ultra spécialistes. En revanche, j’avoue qu’à peu près aucun médias qui m’a employé ne m’a demandé, outre pour s’informer, de gérer forums ou zones de questions/réponses…
  • le bloguing personnel, dès 2003 : à une époque où peu de journalistes les pratiquaient régulièrement, j’ai mené mes premières expériences de bloguing journalistique, de façon indépendante, hors employeur et contrat. Aucun rédacteur en chef ne me demandait à l’époque de tenir un blog, en sus de mes charges régulières… C’est grâce tout d’abord à J-P Govekar, alors en charge du développement web pour 20Minutes, que j’ai ouvert mes tous premiers blogs; puis ensuite sur les plateformes 20six (qui m’a causé nombreux soucis) et aussi U-blog (l’une des premières aventures web de Loïc Le Meur). J’y ai appris à me sentir à l’aise au sein de vastes plateformes de blogs à centaines d’auteurs, ce qui me servira comme mètre étalon par la suite. Les 2 blogs que j’y ai créé en 2003, même si techniquement dépassés, sont toujours actifs : Les Médiaboliques et Frenchy;
  • logo laurent dupin blog zdnetle bloguing professionnel, dès 2005 : pour ZDNet.fr, cette fois la démarche de tenir un blog faisait bien partie du « contrat » explicite de gestion d’une rubrique thématique. Je rédigeais des notes quasi quotidiennement, en sus des articles réguliers produits sur la rubrique entreprises. En revanche, j’étais (au début) un peu seul dans cet effort. Mon rédacteur en chef ne bloguait pas, mes collègues s’y sont mis plus tard… Le blog était un enjeu, non pas de pouvoir, mais de « planification » du temps de travail. Et notamment de savoir comme gérer ces fameux commentaires des lecteurs, pouvant remettre en cause la parole journalistique. Pour ma part, ça m’a semblé de suite être une part essentielle de ce nouveau journalisme en construction, en co-construction devrait-on dire désormais;
  • le développement de blogs, en 2007/2008 : démarré chez ZDNet aussi, poursuivi un temps en presse éco mag et vécu actuellement chez BforBank, il s’est agi en effet de créer, recruter, enrichir une plateforme multi blogs, avec auteurs internes et externes. Le point crucial a été de pouvoir disposer d’un budget, pour ne pas avoir à dire à un auteur « navré, je te paye en notoriété« … L’autre dimension important est de savoir gérer des blogs vraiment globalement : plateforme technique (CMS), production du contenu (textes et multimédias), recherche de partenariats, recrutement de blogueurs, etc.
  • l’usage de réseaux sociaux, depuis 2008 : expérimentés en presse éco mag, j’ai vraiment « utilisé » au sens direct du terme des comptes Twitter et Facebook en complément d’un site éditorial, déjà pour le projet LeWebLab et puis ensuite pour Viadeo et enfin pour BforBank.
  • le live-tweet, dès 2009 : utiliser Twitter pour couvrir un évènement, un salon, une rencontre… n’était pas évident au début, tout comme aux débuts des blogs. J’en ai néanmoins rapidement pris le pli et l’ai osé dans des cercles ouverts (LeWeb par exemple) tout comme plus distants (Forum de l’Investissement, colloque des épargnants…);

Social media journalisme : du culot mais pas trop

Au-delà de mon cas propre et forcément limité, je souligne cette démarche étapée, car je suis convaincu qu’il n’y a pas, encore aujourd’hui, de balisage précis des métiers et fonctions du social media, y compris dans le journalisme. Chaque entreprise, chaque type de médias apporte ses réponses, ses modes d’organisation, ses dérives. Et chacun subit ses pressions et limites. Il faut en tout cas du culot, parfois, pour se former et s’imposer comme un social media producer ou manager…

L’atout ? Une réelle marge de manoeuvre pour le journaliste « qui veut », à titre individuel, mais qui est aussi un risque réel. Celui de considérer l’apport et la gestion social media comme un sous produit journalistique et médiatique, à réserver aux « petits jeunes » et stagiaires, et surtout à ne pas trop exposer, pour ne pas « emmerder » les vrais managers et les patrons. Que ça ne coûte rien (ou presque), que ça motive les troupes, que ça rapport de l’argent et… qu’on en entende pas parler ! (gasp)

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