20/07/2011

Les réseaux et médias sociaux sont-ils hermétiques ?

logo panneau attentionAu départ, je ne m’en étais pas rendu compte seul, immergé que je suis et le nez dans le guidon de mon poste actuel. Mais en prenant un peu de recul en cette pause estivale, je le perçois mieux. Force est de constater et d’entendre la critique, répétée et systématique, qui dit que les réseaux sociaux en ligne, le social media, ne seraient pas… accessibles, seraient même incompréhensibles pour le commun des mortels. Un comble, à un moment où pour certains, on parlerait trop des « marques » du social media. Un comble aussi, pour une discipline qui vend le contraire depuis ses origines !

Trois points de repère anecdotiques, pour ancrer cette impression dans le réel.

l.blecher liberation.frJe repense tout d’abord au feedback de cette amie, prof de son état, connectée avec moi sur Facebook et qui me dit souvent : « Oh je te lis mais je ne comprends pas un mot de ce que tu racontes…« . J’ai pourtant l’impression d’écrire en français… en tout cas j’ai depuis mon journalisme en PQR, le réflexe « d’écrire pour être lu« , c’est à dire compris. Je lis ensuite l’avis de Ludovic Blecher (photo ci-contre), pourtant rédacteur en chef de Liberation.fr, au sein d’un article du Monde sur Twitter : « C’est un petit monde, qui se parle avec ses codes et se comprend ». Enfin à l’autre extrême, j’entends quand même souvent une petite voix dire en moi (quand je cause boutique dans une conférence de La Cantine par exemple) quelque chose comme : « Purée, le nombre d’inepties et de concepts foireux qu’on peut débiter dans ces moments là…« .

Langue ardue et anglo-technoïde des réseaux

d.wolton cnrsLe barrage de la langue semble en effet le premier buttoir. A croire qu’un « follower », un « like », un « retweet » ne frappent pas le coin de l’évidence du premier quidam qui passe. Des concepts comme le « cloud » ou le « crowd » ont aussi, il est vrai, noyé le poisson de par leur côté évanescent pour ne pas dire fumeux… Pour certains, cette techno-langue, cette novlangue fait pareil que ses semblables antérieures dans le temps : rendre compliqué ce qui est simple… pour mieux contrôler son univers et imposer son pouvoir ? A la Cantine, Dominique Wolton ne disait rien d’autre fin juin dernier, lors d’un débat organisé par Viadeo. Message plus ou moins bien reçu par les geeks présents dans la salle…

D’un autre angle, il faut savoir ce que l’on veut. On touche là en effet aux limites du concept du journaliste-développeur, ou du journaliste 2.0, désormais très recherché dans les rédactions et services de communication. En gros et pour faire court, un journaliste autonome qui évite d’embaucher des développeurs ou d’enquiquiner trop la l’informatique de l’entreprise… Exemple de phrases sérieuses, qu’un bon journaliste 2.0 comme je me revendique, pourrait et a pu prononcer un jour :

  • « Je charge le jpg du header dans la CSS, mais wait, avant cela, je me connecte au FTP via login/password »
  • « Je te retweete l’info, mais je préfère refaire mon propre bitly, pour monitorer l’audience du lien après, ok ? »
  • « On prend 2 minutes du podcast, on remonte un extrait qu’on buzzera mieux sur les réseaux »
  • « Pushe le papier en HP, puis synchronise avec les HP des rubriques… »
  • « T’as installé la balise Xiti dans les pages, pour le scan ? Sinon Analytics peut suffire… »
  • etc, etc

On peut s’indigner de cet état de fait et théoriser. On peut aussi tout simplement en rire, comme sur cette parodie du « Gink », qui serait un nouveau geek des temps 2.0. Ou un prolongement du « serial manager » décrit en fil rouge dans la série « Brother & Brother » : des travailleurs ne parlant que par « slides, retro-planning, kick-off et morning brief« … Au secours ! Davantage centré sur la vie de tous les jours, on garde enfin en tête le fameux sketch de Jérôme Comandeur sur Facebook, qui raille la nouvelle sociologie induite par les réseaux.

gink video

Social media : des métiers mal périmétrés…

Le second buttoir est celui des métiers de ce web là. Toute une nouvelle terminologie est née, qui brode sur des taches assez simples et prétend renommer des fonctions en fait déjà existantes. Elle rend ainsi caduques des métiers hier en proue, qui ont mal vieilli ou ne font plus assez rêver : comme les ingénieurs dans les fonctions de production ou services techniques, mais aussi les journalistes. « Web content manager », ça fait plus tendance.

Mais à ce petit jeu, la caducité peut vite arriver. Qui se souvient par exemple que le premier internet (1995-2000) avait vu l’arrivée des « modérateurs », qu’on appelle aujourd’hui… community managers. Un job qui suscite d’ailleurs toujours en 2011 la perplexité des recruteurs, au moins autant que leur enthousiasme. Combien de responsables n’ai-je rencontré et entendu me dire tout de go : « Bon, on recherche un community manager. Mais que lui confie t-on au juste ? Vous pouvez m’expliquer…? « . Phénomène que j’ai déjà affronté du temps des blogs, qu’ils fallaient expliquer aux patrons de rédaction que je rencontrais..

Et ainsi d’autres notions/fonctions/métiers comme le « réseauteur influent » (?), ou encore le « social media editor« . Toute chose que l’on s’empresse de coucher sur son CV, pour le rendre plus moderne. Toute chose qui nécessite de plus en plus de fiches métiers dans les entreprises, ainsi que les métriques qui vont avec. Les recruteurs et les n+1 veulent pouvoir apprécier, mesurer, valider : ce qui est plutôt sain au fond.

Point commun : un vrai sens marketing des métiers du web et du social media s’est développé. Il travaille certes à sa propre survie et à sa justification, mais aussi à sa diffusion. Souhaitons qu’il s’accompagne ainsi de vraies montées de compétences dans les entreprises et/ou projets utilisateurs.

A défaut, les correctifs existent et se généraliseront. On peut voir, quelque part, la multiplication en 2011 de réseaux sociaux plus thématisés, plus délimités, comme la volonté de simplifier l’approche : par le questionnement (avec Quora), par le recrutement avec BranchOut (dans Facebook), etc. La synthèse et le design sobre d’un Google+ iraient aussi, d’une certaine manière, dans ce sens.

  • Twitter
  • Facebook
  • viadeo FR
  • Google Bookmarks
  • Sphinn
  • Netvibes
  • del.icio.us
  • Digg

One Response to “Les réseaux et médias sociaux sont-ils hermétiques ?”

  1. 1
    Leo Says:

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