Facebook est à l’interaction ce que Google est à l’information
Google a « libéré » les échanges d’informations en proposant un algorithme de recherche plus abouti que ses concurrents de l’époque, une agrégation des news issues des journaux mais aussi des sites reconnus (pure players ou gros blogs) et aussi une plateforme de mails permettant de stocker tout son historique et de communiquer plus. La société s’est essayée à l’interaction entre les utilisateurs, mais sans créer de réseau social, probablement parce qu’elle était critiquée pour son intrusion avec son système d’adWords ainsi que ses acquisitions de l’outil statistique Google Analytics et de Double Click, la régie publicitaire la plus utilisée, qui lui donne une connaissance aboutie des usages et comportements des internautes.
Par rapport à Google, Facebook est une société récente, créée en 2004, et qui a racheté le nom de domaine Facebook.com pour 200.000 $ en 2005, preuve que les actionnaires avaient confiance dans le potentiel de ce nouveau concept, avec raison puisque le nombre de compte est actuellement de 436 millions (+25 millions en avril 2010). La force de Facebook résidait dans sa virginité technologique et émotionnelle. La marque n’était pas associée alors aux polémiques qui affectait Google, dont les prospectives commerciales étaient orientées vers les marchés de l’entreprise et des utilisateurs particuliers (serveurs, suites bureautiques, téléphonie) avec une logique mass-média 2.0. Facebook s’est infiltrée dans la brèche du réseau social, les principaux acteurs du web d’alors lui ayant laissé les coudées franches.
Si Google commence à se lancer sur l’interaction entre les utilisateurs -notamment avec Google Buzz – après avoir maîtrisé l’information, Facebook envisage de se lancer sur le marché des marques et le transactionnel après avoir créé le socle de l’interaction des utilisateurs. La force de ce nouveau réseau est de disposer pour la première fois dans la récente histoire du web, des vraies données personnelles de ses utilisateurs, à une époque où les réseaux sociaux deviennent la pierre angulaire de l’identification numérique et où les médias perdent leur rôle de référent.
Maîtrise de la mise en relation
Si Facebook s’est imposé comme LE réseau le plus utilisé dans le monde (sauf dans certaines régions dont notamment la Russie, le Japon, la Corée du Sud et la Chine), la nouvelle étape de son développement consiste à maitriser le web en proposant aux éditeurs de sites web des widgets (ou api) simples à installer pour rendre leur site « collaboratif ».
Comme je le remarquais dans ma note sur Facebook et l’Open Graph, ces « bouts de code » à copier-coller donnent à Facebook une vision accrue du web : alors qu’auparavant Facebook récupérait l’url de la page partagée, l’identité de l’utilisateur qui la partageait, et celle de ceux qui cliquaient sur le lien partagé, aujourd’hui le réseau social obtient des infos de surf de leurs utilisateurs. Ce que constate aussi Didier Durand sur ZDNet.
L’intérêt pour les sites, outre d’accroître leur trafic potentiel, est de se voir proposer un lien de modernité et d’acquérir des fonctionnalités « sociales » à moindre coût. Côté Facebook, cette présence « gratuite » sur l’ensemble des sites renforce sa notoriété, et devrait jouer un rôle sur la courbe de croissance de ses utilisateurs.
Une stratégie de croissance illimitée mais controversée
Si Facebook a surpris en proposant des nouveaux services innovants, le réseau social fait surtout preuve d’une grande stratégie en gardant sous la main une multitude de nouvelles connexions qu’elles pourront proposer aux marques au détriment de l’utilisation des données personnelles de ses usagers. L’engagement tacite des nouveaux médias et réseaux sociaux repose sur l’utilisation des données des utilisateurs contre la gratuité du service, mais pose la question de la limite et du positionnement du curseur au niveau de l’usage des données personnelles et de la vie privée.
Au-delà des différents espaces proposés : personnel, page, groupe, communauté, sur lesquels interagissent plus de 400 millions de personnes, la force de Facebook est de pouvoir « vendre » une population qualifiée sur sa plateforme, mais rien n’empêche qu’elle se transforme en régie dans le futur et vende alors de la publicité segmentée sur des sites utilisant ses widgets.
Le dernier épisode de ce futur déploiement, le bouton « like » et la fourniture à certains gros sites web de données permettant de remonter à l’identité des utilisateurs de Facebook, peu après avoir modifié la confidentialité de certains paramètres des utilisateurs, a suscité une grogne de la blogosphère, twittosphère et des médias, amenant Mark Zuckerberg, fondateur et CEO de Facebook à faire un mea culpa, et ce sous une forme des plus originales : l’envoi d’un email au blogueur hitech Robert Scoble. Une façon 2.0 de désamorcer la polémique ?
[...] This post was mentioned on Twitter by Jean-Pierre Govekar, leweblab. leweblab said: Facebook est à l’interaction ce que Google est à l’information http://bit.ly/ajUzYA sur @leweblab (via @govekar) [...]
mai 25th, 2010 at 15:59